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Chronique N°8

Prozac, suicide et violence

Vedette des anti-dépresseurs, le Prozac a triplé son volume de vente entre 1987 et 1996. Ce poison est à présent recommandé pour les enfants dépressifs. Il y a de quoi être inquiet.
En 2000, le Dr Carl Elliott, Professeur associé au Centre de Bioéthiques de l'université du Minnesota, a collaboré à la rédaction d'un dossier " Prozac et Alienation du soi ", dans lequel il exprimait son " inquiétude sur l'augmentation des ordonnances d'antidépresseurs, particulièrement chez des patients qui ne sont pas vraiment dépressifs ". La même année, le Dr David Healy, de l'université du pays de Galles, signalait que certains patients, surtout ceux qui n'étaient pas réellement déprimés, étaient enclins à se suicider lorsqu'ils prenaient des anti-dépresseurs.

Dans un article intitulé " Bonne Science ou bonnes affaires ? ", ce chercheur affirmait que " les fabricants d'anti-dépresseurs font la promotion des maladies dépressives dans le but de vendre leurs drogues " et ajoutait : " Les médecins ont été habitués à penser que les anti-dépresseurs demandent quatre, cinq ou six semaines avant d'agir. Mais ils peuvent créer des problèmes en bien moins de temps que cela".
En réponse à la publication de l'étude de Martin Teicher et de certains articles de presse qui assimilaient le Prozac aux actes de violence, en septembre 1991, la FDA (Food and Drug Administration) organisa une session spéciale avec son Psychopharmacological Drugs Advisory Committee.

Les spécialistes de la question demandèrent de limiter ou même de bannir l'usage de cette drogue, mais les représentants d'Eli Lilly répliquèrent que le suicide est l'un des risques inhérents à la dépression. Ils présentèrent des études suggérant que les utilisateurs du Prozac ne sont pas plus menacés que ceux qui avalent des placebos. Les membres du comité votèrent unanimement en faveur de Lilly et le Prozac resta sur le marché. Aucune mention des dangers de violences et d'envie de suicide ne fut ajoutée à la notice.

La controverse sur les rapports de suicides causés par le Prozac posa un problème à la FDA alors que deux nouveaux produits qui appartiennent à la même catégorie chimique que le Prozac, le Paxil et le Zoloft, arrivaient sur le marché. L'expert médical chargé de vérifier la sécurité et l'efficacité du Paxil était Martin Brecher, l'un des responsables de la compagnie pharmaceutique anglaise Astra Zeneca. Pourtant, lors d'une déposition, il a avoué que : " Les rapports de suicides arrivaient en masse. C'était ahurissant, particulièrement en comparaison avec les autres rapports annuels".

En février 2004, près de treize ans après les premiers procès intentés au Prozac, le risque de suicide a de nouveau été évoqué dans le cas de Julie Woodward, décédée à dix-sept ans qui participait à une thérapie de groupe pour laquelle on lui avait demandé de prendre des antidépresseurs. Ses parents n'avaient pas apprécié cette idée, mais on leur avait affirmé que le Zoloft était " nécessaire pour sa guérison et très bénin ". Le sixième jour du traitement, ses parents trouvèrent son corps pendu dans leur garage. Ses parents ont témoigné à l'audience, ainsi que d'autres parents.
Le Dr Harold Elliott, psychiatre à l'université de Wake Forest, pense que les chercheurs ont de bonnes raisons d'être inquiets : " L'université de Toronto a vu éclater ces dernières années deux autres scandales au sujet des dons des compagnies pharmaceutiques. Lorsque Nancy Olivieri, chercheur à l'université de l'Hôpital des Enfants malades, étudia les éventuels effets secondaires du Deferiprone, elle rompit son accord de confidentialité avec Apotex et rendit publics ses travaux. Apotex riposta en la menaçant de poursuites judiciaires. Au lieu de protéger son chercheur, l'Hôpital des Enfants malades essaya de la renvoyer. "
L'encre de cet article était à peine sèche lorsque Apotex alloua à l'université de Toronto 13 millions de dollars pour la recherche en biologie moléculaire, puis menaça de reprendre cette allocation si le président de l'université, Robert Prichard, n'intervenait pas auprès du gouvernement fédéral pour faciliter l'agrément de ce médicament. Le Président obéit et fut plus tard obligé de présenter des excuses publiques lorsque le scandale éclata.
The American Medical Association's Council on Ethical and Judicial Affairs a l'intention de consacrer 590 000 dollars pour l'éducation des médecins sur les problèmes d'éthique qui se posent lorsqu'ils acceptent des cadeaux de l'industrie pharmaceutique.

Toutefois, on peut rester sceptique lorsqu'on apprend que cette initiative sera financée par des dons provenant d'Eli Lilly, GlaxoSmithKline, Pfizer, AstraZeneca, Bayer, Procter and Gamble, et Wyeth-Ayerst. Décidément, dans ce milieu, on continue de tourner en rond et l'on trouve ces entreprises à tous les coins de rues !

 

Sylvie SIMON

 

 

(Tous droits réservés ©  AUTOMNE 2004)