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Chronique N°11

Maladie d'Alzheimer

Le regard, la parole, le toucher

Comment aider quelqu'un dont un parent est atteint de la maladie d'Alzheimer, cette maladie qui détruit nos cellules cérébrales de façon lente et insidieuse ? Je l'ai découverte pour la première fois à travers un ami proche. Sa mère avait commencé par nous accueillir en nous disant : " Bonjour, messieurs ", comme si nous étions des étrangers. Puis nous étions allés au restaurant.

" Que voulez-vous manger ? " lui avais-je demandé.

Elle voulait des carottes râpées. Je m'absentai un instant pour aller lui en chercher au buffet. Quand je revins avec son assiette, elle demanda à son fils : " Mais qu'est-ce que c'est que cet engin que tu m'as amené ? " (Elle parlait de moi.)

Elle savait encore qu'il s'agissait de son fils à ce moment précis, mais ce n'était pas toujours le cas. Quant à moi, en voyant mon blouson noir, elle avait eu la même réaction que la première fois où elle m'avait rencontré, vingt-cinq ans plus tôt : "Mais qu'est ce que c'est que cet engin... "

Puis nous l'avons raccompagnée chez elle. L'infirmière s'est assise à côté d'elle. Alors la malade s'est mise à lui caresser longuement le bras. Elle reconnaissait instinctivement cette personne qui s'occupait d'elle chaque jour, mais plus vraiment son fils.

J'ai rencontré également un homme qui ne parlait plus depuis des mois, mais qui souriait toujours tendrement à sa femme quand elle lui caressait la joue.

Dans ma propre famille, il y avait une femme qui avait toujours été très cruelle envers sa fille. Quand elle fut atteinte d'Alzheimer, sa fille vint la voir régulièrement. Un jour, cette mère qui n'avait jamais su que la frapper, lui caressa longuement la joue. La fille m'a dit que ce moment avait été prodigieux. Il lui sembla que tout ce qu'elle avait enduré dans le passé s'était effacé.

Bientôt des millions d'êtres concernés
C'est en 1901 qu'Aloïs Alzheimer observa une patiente atteinte de troubles mentaux que la médecine de l'époque ne pouvait expliquer. En 1906, il décrivait pour la première fois le processus d'une telle maladie. L'appellation " maladie d'Alzheimer" ne sera employée qu'en 1912 par Emil Kraepelin dans son traité de psychiatrie.

Plus de huit cent mille Français en sont maintenant atteints, mais l'on dénombre plus de deux cent mille nouveaux cas chaque année. Plusieurs millions d'entre nous seront un jour concernés. Les facteurs de risque de la maladie d'Alzheimer sont nombreux : vieillissement, susceptibilité génétique, environnement social et culturel, affections vasculaires…

Les témoignages remplissent aujourd'hui des pages et des pages de magazines et de revues scientifiques : cette femme qui avait au début des problèmes de mémoire des noms, puis de localisation, au point de revenir un jour chez elle à pied parce qu'elle ne savait plus où elle avait garé sa voiture ; ces retraités de longue date qui se lèvent et s'habillent à 6 heures du matin pour partir
au boulot…

La maladie entraîne rapidement des troubles plus importants : perte du sens de l'orientation dans l'espace, dans le temps, troubles du jugement, du langage, objets de la vie quotidienne non identifiés... Les malades désapprennent irréversiblement.

Cette femme assiste à la lente dégradation de son mari qui ne la reconnaît plus, au point de lui demander si elle est mariée. Quand elle lui répond : " Oui, avec l'homme qui est en face de moi ", il se met à rire... comme si c'était une bonne blague. Leur mémoire est un pull qui se détricote.

Guy GILBERT (*)

 

(*) Né en 1935 à Rochefort-sur-Mer, Guy Gilbert est ordonné prêtre en 1965. De retour d’Algérie où il s’occupait des jeunes de la rue, il s’installe dans le XIXe arrond. de Paris. Il poursuit son travail d’educateur spécialisé auprès de marginaux et crée à Rougon, en Haute-Provence, la “Bergerie de Faucon” où est appliquée avec succès la “zoothérapie”.

 

(Tous droits réservés ©  PRINTEMPS 2008)