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Ambroise

le Franciscain de Vézelay

“Arrête, pourquoi cours-tu ? 

Le Père en cet instant, engendre, en toi, son fils,

Le Ciel est en toi, pourquoi le chercher ailleurs ? ”

                                                              A. Silesius

IL ETAIT "L'ESPRIT DE SPIRALE”, celui à l’origine du logo emprunté au Christ en Gloire du tympan de la basilique de Vézelay, celui qui a inspiré, depuis sa création en 1996, cette ouverture du spirituel au profane, mais aussi le réveil des consciences, en ces temps de grande mutation et d’ascension cosmique dans un nouveau cycle d’évolution.

Frère Ambroise a quitté le plan terrestre aux premières heures du 20 décembre 2018, dans le hâvre de paix du Couvent de Canclaux, au cœur de Nantes. Sa mort à l’âge de 97 ans, signe la fin de sa mission parmi les hommes mais son esprit est plus que jamais vivant et présent dans les cœurs de tous ceux qui l’ont connu ou seulement approché.

 

LE GARDIEN DE LA CORDELLE

Frère Ambroise, c’était d’abord Vézelay, un nom qui tinte comme un carillon dans une sorte d’infini, et que la tradition a surnommé le Mont Scorpion. Vue du ciel, la ville représente en effet une forme courbe, un abdomen à sept anneaux, avec une queue à segments dont le dernier est armé d’un aiguillon. 

De tous les signes du zodiaque, le scorpion se caractérise par le cycle vie et mort. Un symbole bien tranché pour ce lieu de transmutation réputé pour la persistance de ses radiations telluriques et ses ondes cosmiques. C’est l’ennemi irréductible ou l’extase absolue, la guérison dans la Vie éternelle. On ne peut échapper à la mort qu’en passant par le Christ qui vient apporter la perfection et ouvrir le chemin pour la nouvelle vie, la Re-naissance. Vézelay n’existe ainsi que par l’amour, et par la mort vaincue.

Pendant plus de quarante années, frère Ambroise a été le “gardien” de La Cordelle, le petit ermitage franciscain en contrebas des remparts de la “Colline inspirée”, créé huit siècles plus tôt par frère Pacifique, envoyé là par Saint-François d’Assise pour essaimer la parole de pauvreté sur la terre de France. 

C’est en cet endroit, à la beauté dépouillée et à la simplicité authentiquement franciscaine, non loin de la haute croix de bois où, le jour de Pâques 1 146, Bernard de Clairvaux prêcha la seconde croisade, aux côtés du roi Louis VII et de la reine Aliénor d’Aquitaine, que frère Ambroise accueillera des retraitants venus du monde entier dont des personnalités des mondes scientifique, artistique et littéraire. 

C’est là, que plus modestement, un matin de la Pentecôte 1995, nous ferons sa connaissance, en frappant, énergiquement, à la porte en bois de La Cordelle. D’une voix douce et enjouée, il nous invitera à lui écrire afin de prendre date pour une retraite qui, précise-t-il, “se fait dans le respect des croyances et la liberté de conscience de chacun”. 

L’hiver, cette année-là, sera terrible avec des températures affichant jusqu’à moins 27°, dans cette pointe extrême du Morvan, aux chemins glissants balayés par le vent et aux forêts de chênes couvertes de neige. Un pays rude et pourtant, c’est comme si nous retrouvions la terre natale, baignant dans une sorte de bonheur mystique, sous le regard de Marie-Madeleine, la sainte patronne de Vézelay.

Dans la petite pièce surchauffée, aux vitres cerclées de glace, frère Ambroise est à l’écoute, attentif aux êtres autant qu’à leurs paroles. Instants inoubliables que ce partage de cœurs à cœurs, où infusent l’amour et la paix, la bonté et l’humilité d’une humanité retrouvée. 

 

LA RENCONTRE AVEC SAINT-FRANCOIS D'ASSISE

À côté de son activité hospitalière, frère Ambroise se fera aussi bâtisseur, en entreprenant, dans les règles de l’art, la restauration de la chapelle grâce à des subventions allouées par le ministre de la Culture, André Malraux. Il supervisera jusqu’au choix de la pierre dorée de Bourgogne pour la construction du nouveau maître-autel.  

Avant de faire Vœu de pauvreté, frère Ambroise avait exercé le métier de sculpteur sur bois, après des études à l’Ecole des Beaux-Arts. Artiste au talent reconnu, il avait été contacté pour une commande particulière qui changera le cours de sa vie. Pour réaliser la “Vie de Saint-François”, celui qui s’appelle encore Pierre Negrel, va étudier en profondeur la vie de son illustre personnage qui l’appellera bientôt à rejoindre son ordre... 

Saisi par le doute métaphysique à la fin de son noviciat, il tombera alors gravement malade, ne se souvenant plus de son passé, avant de “naître une seconde fois”, comme il se plaisait à le dire, lorsqu’il retrouvera avec conviction, la paix intérieure et le sens de sa vocation en franchissant les portes de l’Ordre franciscain.

Du plan céleste où sa vibration rayonne désormais, frère Ambroise va continuer à nous insuffler l’esprit franciscain, par sa simplicité, son humilité et son amour pour la Terre et toutes ses créatures.

Et ce n’est pas un hasard si son âme a choisi de s’envoler à la veille du Solstice d’hiver, ce temps de l’investigation, englouti dans la nuit des origines, invitant chacun à s’éveiller à la Lumière intérieure. 

“C’est le moment choisi de l’impulsion christique pour que nous pressentions cet éveil, lorsque le Soleil de minuit émerge au sein de l’âme”, a écrit Rudolf Steiner. Au plus fort de la nuit, s’annonce l’éveil de l’Esprit chez celui et celle qui, au sein des ténèbres, suscite un soleil qui verra l’Homme nouveau naître du “vieil homme”.                                                                   

                                                                                                                                                                          Marc J. PANTALACCI