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Chronique N°4

Quand les poules préfèrent les cages...

Chaque fois que nous achetons une boîte d'oeufs qui ne porte aucune mention sur le mode d'élevage, nous pouvons être certains que ces poules ont été élevées en batterie. C'est-à-dire qu'elles sont quatre dans une cage de 40 cm de côté, constamment éclairées par de la lumière artificielle, et leur espérance de vie ne dépasse pas un an. Elles mettent six semaines au lieu de six mois à atteindre leur poids normal. On leur administre des calmants, des antibiotiques, toute sorte de médicaments que l'on retrouvera dans l'oeuf, et on les ampute de leurs becs et de leurs griffes. Après l'abattage, leur carcasse sert à confectionner des bouillons et des raviolis.

En France, 50 millions de poules pondeuses sont ainsi condamnées à perpétuité. Quant aux poussins mâles, ils sont gazés ou broyés vivants afin d'être transformer en farine animale.

Dans un ouvrage corrosif, Les Poules préfèrent les cages (Albin Michel), Armand Farrachi signale avec beaucoup d'humour que des "scientifiques " qui ont étudié pendant " de longues années " plusieurs groupes de poules, ont constaté que les volailles élevées en batterie n'étaient pas gênées par leur cage, mais qu'au contraire elles s'y trouvaient plus en sécurité qu'ailleurs.

Et le professeur Jean-Michel Faure, de l'Institut national de la recherche agronomique, qui a mené avec beaucoup de sérieux une longue étude sur les " Besoins en espace de la poule pondeuse ", en a déduit qu'une plus grande surface ne correspond pas à un besoin pour les poules. Ainsi, certains scientifiques osent affirmer n'importe quelle stupidité avec une superbe qui n'a d'égale que leur ignorance. Il va sans dire que les revues professionnelles agricoles ont repris avec délectation les propos de ce "savant " et, fortes de ses affirmations, ont dénoncé " l'outrance " des protecteurs des animaux. D'ailleurs, certains chercheurs de l'INRA demandent la sélection d'animaux moins peureux, plus résistants aux contraintes de l'élevage.

Les poules ne sont pas les seules victimes de ce système de surproduction. Tous les animaux comestibles subissent un sort identique.Dans cette compétition sans limites, il est indispensable d'élever un veau en moins de trois mois et celui-ci doit alors atteindre cent cinquante kilos. Pour réussir ce tour de force, il suffit d'écouter les conseils des spécialistes en suralimentant les animaux que l'on retire à leur mère dès la naissance. Pour que leur viande reste blanche et tendre, on les emprisonne dans des boxes de 1,2 m sur 0,65 m dans lesquels ils ne peuvent bouger, sans paille, nourris avec le seul lait fourni par la coopérative. On les prive de lumière, et, en toute légalité, on leur administre force antibiotiques pour combattre la prolifération de maladies infectieuses, ce qui permet aux souches bactériennes de devenir résistantes aux antibiotiques. Par ailleurs, dans cet univers concentrationnaire, il est fréquent que ces animaux développent un comportement agressif, voire hystérique.

Autrefois, on estimait qu'un hectare était nécessaire pour engraisser 40 porcs ; à présent, ils sont plus 5 000 entassés sur la même surface au milieu de leurs déjections et doivent être élevés en six mois. Quant aux truies, elles sont maintenues au sol par des sangles tout au long de la gestation et de l'allaitement. Mais, à l'instar des " poules qui préfèrent les cages ", d'après un ingénieur agronome : "Les truies à l'attache, gestantes ou allaitantes, ne manifestent aucun mal-être, ont l'air tout à fait heureuses et même, oserais-je dire, par ironie anthropomorphique, souriantes." On ne pourrait inventer de pareilles inepties.

Cependant, soyons rassurés, le conseil des ministres européen de l'Agriculture a décidé d'interdire ces stalles à truies à partir de 2012 pour l'ensemble des élevages de l'Union européenne. Qui prétend que nous sommes inhumains dans nos comportements ? En attendant, ces truies devront continuer à subir leur martyre, mais ne sont-elles pas des " marchandises " ? Une marchandise ne peut avoir d'état d'âme ! Bon appétit !

Sylvie SIMON

(Tous droits réservés ©  PRINTEMPS 2005)